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Saint-Jean-du-Doigt, la fontaine de la chapelle


Il est des sujets d'étude qui vous font rêver plus que d'autres, qui vous transportent plus profondément dans le temps. Sous la pluie, sous le soleil, le petit bourg de Saint-Jean-du-Doigt vous plonge dans la Bretagne mystique que tant de curieux recherchaient à la fin du XIXe siècle.

La fortune de ce bourg est intimement lié à la présence de la relique du doigt de saint Jean-Baptiste. Chaque année Saint-Jean-du-Doigt vit au rythme de son Pardon, et de son célèbre feu de la Saint-Jean. Ce Pardon a apporté des aumônes à la paroisse, les "aulnices", levier de la construction de l'église, de son oratoire, de son portail monumental ; tous datés des XVe-XVIe siècles et tous classés parmi les Monuments historiques.

Ce qui retient Chroniques conseil ici c'est la fontaine de Saint-Jean, dite Pompe de la chapelle, située dans le cimetière et, elle-aussi, classée Monument historique en 1886. Construite au XVIe siècle, elle est transformée dans les années 1680 avec l'ajout de l'ensemble des statues en plomb. Au sommet Dieu le Père, bras ouvert, béni la scène des étages inférieurs : Jean entouré de deux anges baptise Jésus installé dans un bassin inférieur. Chaque vasque est entourée d'une armée de têtes d'anges constituant autant de débouchés pour l'eau de la fontaine.

Ce monument doit s'apprécier selon deux approches. La première est à l'échelle du monument en lui-même : magnifique réalisation combinant granit et plomb, dont la finesse de la décoration peut retenir le regarde des passant pendant des heures. La deuxième approche qu'il faut avoir en observant cet édifice est qu'il est sans pareil dans toute la Bretagne. Véritable unicum il ne peut se comparer qu'à la fontaine de Guingamp, dite la Plomée, contemporaine de celle de Saint-Jean-du-Doigt. Mais comment comparer ces deux "villes". Guingamp au XVe siècle compte environ 5 000 habitants ; soit plus que Morlaix et autant qu'à Vannes, ce qui en fait probablement la plus grande ville du diocèse de Saint-Brieuc [Minois, 1976, p. 407-424]. Comment comparer cette grande ville avec Saint-Jean-du-Doigt, trève de la paroisse de Plougasnou, qui ne devait alors compter que quelques centaines d'habitants ! La majestuosité de la fontaine de Saint-Jean témoigne du talent des artisans morlaisiens des XVIe-XVIIe siècles, de la sensibilité artistique des paroissiens à l'origine de cette construction et du rayonnement considérable de cette petite cité à travers l'ensemble de la Bretagne.

Il est à espérer que les travaux à venir pour sa restauration saurons rendre à la fontaine de Saint-Jean-du-Doigt sa splendeur.

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